NAIVE. Comment avez-vous rencontré Alexandra Roos ?
ARNAUD VIVIANT. J’ai rencontré en premier lieu l'étrange Jeff Rian, le guitariste au jeu concassé, qui rajoute cette espèce de pureté sourde, je ne sais pas comment le dire autrement, aux mélodies d’Alexandra. Il traînait comme moi dans le milieu de l'art contemporain, mais mieux que moi ! Jeff, c'est un fragment d'étoile, un état d’Amérique à Paris. Puis j'ai fait la connaissance de Gérard Duguet-Grasser. Il écrivait dans PURPLE MAGAZINE des textes follement inattendus, visuels comme des films tremblés, une prose poétique comblée par de l'éthique. Ses textes s'élevaient dans la page comme des murs hérissés de tessons de mots. Nous sommes devenus immédiatement amis.
NAIVE. Et Alexandra ?
A.V. De l'eau a passé sous les ponts, de l’alcool dans les verres, avant que je la rencontre. Elle est très impressionnante, vous savez. J'avais la sensation de rencontrer une femme en voie de disparition. Sa gouaille vous désarçonne. C’est un être à la fois lointain et populaire. Je crois qu’Alexandra ne se réconcilie avec elle-même et le monde qu’avec une guitare entre les mains. Il faut absolument la voir en concert pour comprendre cela.
NAIVE. Vous avez écrit d'elle : « Alexandra Roos serait une chanteuse de rue s'il y avait encore des rues ».
A.V. C'est gentil de vous en souvenir, mais ce n'est qu’une formule. Comme lorsque je dis maintenant qu¹elle fait de la country yéyé ! Attention, ça reste off ! N'allez pas écrire cela. Ce que je voulais simplement dire, c'est que cette fille avait la musique dans la peau. Qu’elle chantait en liberté. En gueulant parfois que ça n'a pas de prix. C'est tout ce que je voulais dire. Alexandra Roos a un tic de langage que j’adore, moi qui les déteste tous. Elle commence ou termine toutes ses phrases, par « en vrai ». En vrai, c'est une grande chanteuse. Il suffit d'écouter PRENDS-MOI où elle chante comme un truand qui monte et démonte son revolver, les yeux fermés.