En cet après-midi d’hiver, à Vail, face à un beau feu de cheminée, Janet est pelotonnée sur un canapé en cuir noir pour évoquer un sujet inhabituel, la discipline, le titre de son dernier album. Derrière les baies vitrées, les branches longues et élégantes des arbres majestueux sont couvertes de neige. Au loin, une remontée mécanique emmène des skieurs en haut d’une montagne au sommet enneigé. Janet porte un survêtement d’un noir intense ; elle a les cheveux ramenés sur la nuque. Elle semble décontractée, ses yeux sont rieurs. Elle est svelte. Elle semble en forme, mais a la voix un peu enrouée car elle sort tout juste d’un mauvais rhume : ce grain de voix, ce calme murmure, ajoute au caractère intimiste de la conversation. « J’ai beaucoup réfléchi au concept de discipline, dit-elle. C’est l’idée à la base des chansons de cet album. En tant que concept, mais aussi en tant que mode de vie, la discipline est une idée très profonde. On peut l’appliquer à tant d’aspects de notre vie. Dans mon cas, je la vois comme l’un des éléments qui définit mon caractère. J’ai connu la discipline dès mon plus jeune âge, mais ce n’est qu’avec cet album que cette notion a pris tout son sens. La discipline donc, cette ligne de conduite, remonte à mon enfance, enfance que l’on pourrait qualifier de modèle de discipline. Je suis tombée dedans : elle faisait partie intégrante de notre culture familiale, je l’ai donc intégrée. Je crois aussi que c’est cette discipline qui m’a donné confiance pour pouvoir quitter le nid. Lorsque L.A. Reid, le président de Island Def Jam, et moi avons parlé de co-produire ce disque, nous étions tous les deux d’accord pour dire que c’est l’audace et la fraîcheur qui devaient y prévaloir. Je voulais explorer différents scenarii musicaux — exotiques pour certains, érotiques pour beaucoup, mais tous emplis d’émotion. Je voulais essayer de nouveaux genres. Et je suis heureuse que « Discipline », la chanson comme l’album, confirme la direction que j’ai prise. FEEDBACK, qui a été produite par Rodney Jerkins, est une métaphore différente. Elle explore le thème de la tension sexuelle. C’est une chanson provocante qui invite à la franchise dans un domaine que beaucoup d’entre nous jugent tabou. On pourrait dire la même chose de « Roller Coaster » [« montagnes russes », N.d.T.], de Rodney, une promenade musicale qui reflète les hauts et les bas du trouble sexuel, de l’excitation romantique ou physique. »
Interrogée sur l’évolution de sa discipline au fil des années, Janet attrape sa tasse de thé bien chaud, en boit une gorgée et attend quelques secondes avant de répondre. « Eh bien, ça commence avec une petite fille de dix ans qui joue dans la série GOOD TIMES et qui met elle-même son réveil à sonner à 5h30 pour être au travail à 7h. Puis, je repense à une ado de 15 ans qui se lance dans la chanson. Pendant les vingt-cinq années qui ont suivi, elle sort un album tous les deux ou trois ans, sans jamais faillir à la règle. Plus tard, elle comprend que la musique qui parle le plus à son cœur possède une complexité rythmique et harmonique qui demande du travail. Cela veut dire des heures et des heures passées à essayer de composer des paroles et des mélodies qui sonnent vrai ; des heures et des heures dans le studio à y ajouter les parties chantées, composées des différentes voix qu’elle entend dans sa tête. Puis, bien sûr, les mois qu’elle passe à planifier ses tournées, l’une après l’autre, et à partir dans le monde entier. Ecoutez LETCHU GO, poursuit Janet. Cette chanson a été écrite et produite par Jermaine. Quand j’ai lu les paroles de Jermaine et Johnta Austin, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. Plus je pensais à cette histoire, plus je comprenais en quoi elle révélait un autre aspect positif de la discipline, particulièrement quand celle-ci a trait aux relations humaines. La chanson dit que dans la vie, on ne doit pas tout laisser tomber simplement parce qu’on traverse des moments difficiles. Il n’est jamais trop tard ; nous ne pouvons pas baisser les bras devant notre destin ; nous n’avons pas le droit d’abandonner cette discipline qui nous permet de traverser les épreuves et de trouver le chemin des merveilles qui va de pair avec un amour franc et honnête. Cet album est l’expression de ce dont j’ai besoin aujourd’hui, dit-elle. Il dit que la discipline, plutôt que d’être une contrainte, peut apporter du plaisir. La discipline est la clé pour atteindre la liberté. Elle me permet… nous permet à tous de nous concentrer. Et nous devons nous concentrer sur les pensées et les sentiments qui nourrissent nos vies physiques et spirituelles. C’est drôle, le titre de mon premier gros album tenait aussi en un mot : Control. J’étais naïve, je pensais pouvoir maîtriser tous les aspects de ma vie. Mais le seul qui a vraiment le contrôle, c’est Dieu. Cela m’a demandé de la discipline — une discipline de pensée, d’action, une discipline pour créer de la musique — pour comprendre cela. En fin de compte, la discipline a rapport avec la foi. J’ai foi en une discipline modérée et constante, qui me permettra de continuer à évoluer en tant qu’artiste et femme. »
JANET JACKSON : DISCIPLINE, chez MERCURY, disponible dans les bacs.
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